Le temps de vivre…

Prendre le temps de vivre, s’aérer la tête, s’enivrer de joies simples, de musique que l’on aime, les rires des enfants, l’herbe verte sous la plante des pieds. Et perdre son regard dans un ciel d’été, manger des fraises bien rouges, et puis courir en se donnant la main, rire encore, aux éclats évidemment, pour faire reculer les ombres et les cailloux du chemin, passer une soirée avec des amis, refaire le monde avec eux, parler avec passion de tout, de rien, de la vie qui passe, des années qui se font la malle, des enfants qui prennent des centimètres et qui murissent doucement comme des abricots au soleil. Parler de la pluie, du beau temps, des larmes et des tracas, des joies et des errances, des mauvaises routes et des certitudes, des doutes, oui les doutes aussi, parce qu’ils font partie de nos jours. Et puis les lettres que je t’envoies et qui sont sans réponses, tout ces mots que je t’adresse comme des bouteilles à la mer, comme des cris lancés dans le vent, destinés à mourir avant d’avoir atteind leurs buts. Et toutes ces épines que l’on trouvent au bord du chemin, qui écorchent, qui déchirent et faire juste avec, parce qu’il n’y a pas d’autre alternative… Vivre, parce que oui, on a encore l’envie, on a encore la niaque, celle qui fait tenir debout, celle qui empêche de vaciller, l’espoir dans le ventre des espagnoles comme le chante Léo Férré (« L’espoir » clic) et puis tomber parfois mais toujours se relever, attendre la main qui vous y aidera, même si parfois il n’y en a pas, mais se relever quand même… Regarder les jours qui viennent et ceux qui s’en vont, en retenir tout le sel et le poivre, se dire qu’on a quand même de la chance d’être là, d’être en vie, d’avoir de l’air frais dans ses poumons. Ne pas se laisser étouffer ni scléroser, continuer d’être en mouvement, tout comme les aiguilles d’une montre, ne pas s’arrêter, jamais. Etre là, présente mais absente aussi parfois… Et de plus en plus souvent, sans même que les autres ne le remarquent.

L’or

Texte personnel, non libre de droit.

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Le reste ce sont des chimères

Mes pas sur le pavé, c’est comme une envolée. L’aube s’attarde, s’effiloche et file. C’est une chose de s’abstraire, c’est une chose de fuguer, mais il y a toujours un retour. Plus ou moins facile… C’est selon. C’est une chose de rêver de douceur, il y a toujours un retour. Plus ou moins douloureux… C’est selon. La vie d’un poète ce n’est pas réalisable, pas en durée du moins. Un jour ou l’autre il faut être conscient de la fugacité de la fugue. Se sentir un oiseau, avoir envie de rester dans le nid, ce n’est que de l’imagination. Le reste ce sont des chimères, l’important c’est d’en réchapper, ça l’était pour moi en tout cas. Les voyages, l’éther, le reste c’est du déni… C’est une chose de respirer plus légèrement, de se sentir bercé par la fuite. Il y a toujours un retour. Plus ou moins rapide. Le reste ce ne sont que des détails, des balbutiements… La beauté d’une brume… on est dans la négation, dans l’abnégation. C’est bien joli d’être en cavale, de ce faire la belle, de rire au nez à son gardien. Il y a toujours un moment ou le souffle retenu expire. J’ai fermé les écoutilles, j’ai largué les amarres, jeté la clef, mais la route finit toujours par une voie sans issue. J’ai essayé d’oublier les balles, la poudre… J’ai essayé, vraiment… Les images sont comme des boomerang, elles finissent toujours par faire demi-tour pour gifler les joues. Le destin, on a beau se battre avec lui de toutes ses forces, on a beau agiter ses bras et faire preuve de vaillance, il finit toujours par avoir le dessus. C’est ma vie, je n’en ai pas d’autre.

Mes pas sur le pavé, c’est comme l’écho d’un orage. Il va falloir affronter ce qui est là, dans ces murs dressés, le blessé m’attend, le trépassé aussi. Je le sens voguant autour de moi, il est comme un souffle dans mes cheveux, il me murmure sa peine et ses regrets. Quand deux hommes vous aiment il y en a toujours un de trop. Mais est ce que ça devait vraiment finir ainsi ? Les balles, la poudre, la brume dans le petit matin… Les images sont telles des relents amers d’un moment, elles finissent toujours par revenir pour griffer la peau. Allez donc lutter contre ça… C’est une chose la fuite éperdu, il y a toujours un moment ou il faut affronter ce qui nous a été donné. Les évènements sont immuables, rien ne les changera, ils sont désormais inscrits dans ma chair et mon avenir. Rien ne sert de courir, il y a toujours un moment où il faut s’arrêter. Les portes du château s’ouvriront, j’irais au chevet du blessé, je chuchoterais les mots que le défunt me susurre et peut-être guérira t’il. L’absent trouvera peut-être le repos et la paix. On a beau s’échapper, s’abstraire du réel, il y a toujours un moment où il vous rattrape. Mes pas sur le pavé, c’est comme une réparation, je rentre chez moi…

L’or