Le manque est un drap noir et pesant…

« Voilà, tu es là devant moi et tu voudrais savoir ce que je veux dire exactement, avec ce mot manque… Tu me dis, comme ça, sans aucune gène, sans aucune chaleur, que manque ne veut rien dire, ou qu’il inclue trop de choses ou de mots pour être utiliser… Tu veux que je te dise ; tu n’es qu’un pauvre ignare aux bottes crottés, le manque ce n’est pas un mot c’est un ressenti, c’est une désespérance, c’est un frisson, un vide. C’est une humeur qui n’en est pas une, ou plutôt une humeur qui aurait trempé toute une nuit dans une baignoire remplie d’eau glacée et de sel. C’est un sommeil qui n’oserait pas se nommer, c’est une drogue même pas efficace, qui n’aurait rien de planante ni de délicieuse… C’est une impasse, un non lieu, une torture vécue jours après jour, qui vous étouffe et vous tient la tête sous l’eau…

Veux tu que je continue ? Alors oui, je veux te dire le manque, espèce de pauvre fou… c’est un sentiment plus fort que la vie, plus fort que la mort, c’est un truc qui t’envahit et ne te laisse même plus respirer, c’est un truc qui est là et que tu n’oublie jamais… C’est un trop plein de sensations qui tourne autour de toi comme des oiseaux de malheur que tu es incapable d’ignorer… C’est une absence totale d’énergie qui te dévore et te mange jour après jour… C’est du temps que l’on te vole, que l’on te dérobe sans que ne sache très bien où il a bien pu passer… C’est un dénuement total dans lequel tu te noie et te désespère, c’est un déchirement total qui t’empoigne et refuse de te lâcher, un déchirement si intense que tu crois le voir là, autour de toi, tel un drap noir et pesant qui t’enveloppe et te rend aveugle à tout… C’est un besoin irrépressible, douloureux et total de toucher l’objet de ton manque, de l’entourer et de le respirer… C’est une forêt sombre dans laquelle tu te perds,  c’est une « terre qui penche » * tellement qu’elle te donne le vertige et la nausée…

Toi qui ne connaît rien du manque, regarde moi, je suis l’image même du manque et de la béance. Regarde toi et dans ton inconscience tu reconnaîtras l’image de ton ignorance et tu te sentiras alors tel que tu es ; un inculte qui ne connaît rien à rien… Le manque c’est tout cela oui, et tellement encore. Alors tu es là, à fuir mon regard, à te détourner de moi, et pourtant, pourtant je pourrais t’en parler encore des heures, tellement je le connais, il est dans ma chair, incrustée et personne ne l’en délogera désormais. Il est imprimé sur ma peau, tel un tatouage, telle une marque que l’on m’aurait imprimée dans mon berceau…  Tu ne comprends toujours pas ? Le manque il faut le vivre pour le déchiffrer… Rien ne sert de se battre contre lui, il faut s’y abandonner au contraire, pour ne pas étouffer. Le manque ne se rationne pas, il ne se comptabilise pas, il ne se chiffre pas, il est là c’est tout…

Que veux-tu que je te dise encore ? Je suis fatiguée… va… Laisse moi… »

L’or, texte de fiction, non libre de droit

* référence au titre du roman de Carole Martinez ; La terre qui penche

Pour ceux qui aimerais connaître une partie de mon manque c’est par là (clic)

Ceci est ma participation aux plumes d’Asphodèle (clic) 

Les mots à utiliser étaient ; frissonner, vide, humeur, plume, embellie, enfin, sommeil, droguée, impasse, poésie, torture, plénitude, trop-plein, youpi, énergie, absence, temps, dénuement, bol, idée, déchirement, bus, besoin, rationner, abandonné.

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