Le reste ce sont des chimères

Mes pas sur le pavé, c’est comme une envolée. L’aube s’attarde, s’effiloche et file. C’est une chose de s’abstraire, c’est une chose de fuguer, mais il y a toujours un retour. Plus ou moins facile… C’est selon. C’est une chose de rêver de douceur, il y a toujours un retour. Plus ou moins douloureux… C’est selon. La vie d’un poète ce n’est pas réalisable, pas en durée du moins. Un jour ou l’autre il faut être conscient de la fugacité de la fugue. Se sentir un oiseau, avoir envie de rester dans le nid, ce n’est que de l’imagination. Le reste ce sont des chimères, l’important c’est d’en réchapper, ça l’était pour moi en tout cas. Les voyages, l’éther, le reste c’est du déni… C’est une chose de respirer plus légèrement, de se sentir bercé par la fuite. Il y a toujours un retour. Plus ou moins rapide. Le reste ce ne sont que des détails, des balbutiements… La beauté d’une brume… on est dans la négation, dans l’abnégation. C’est bien joli d’être en cavale, de ce faire la belle, de rire au nez à son gardien. Il y a toujours un moment ou le souffle retenu expire. J’ai fermé les écoutilles, j’ai largué les amarres, jeté la clef, mais la route finit toujours par une voie sans issue. J’ai essayé d’oublier les balles, la poudre… J’ai essayé, vraiment… Les images sont comme des boomerang, elles finissent toujours par faire demi-tour pour gifler les joues. Le destin, on a beau se battre avec lui de toutes ses forces, on a beau agiter ses bras et faire preuve de vaillance, il finit toujours par avoir le dessus. C’est ma vie, je n’en ai pas d’autre.

Mes pas sur le pavé, c’est comme l’écho d’un orage. Il va falloir affronter ce qui est là, dans ces murs dressés, le blessé m’attend, le trépassé aussi. Je le sens voguant autour de moi, il est comme un souffle dans mes cheveux, il me murmure sa peine et ses regrets. Quand deux hommes vous aiment il y en a toujours un de trop. Mais est ce que ça devait vraiment finir ainsi ? Les balles, la poudre, la brume dans le petit matin… Les images sont telles des relents amers d’un moment, elles finissent toujours par revenir pour griffer la peau. Allez donc lutter contre ça… C’est une chose la fuite éperdu, il y a toujours un moment ou il faut affronter ce qui nous a été donné. Les évènements sont immuables, rien ne les changera, ils sont désormais inscrits dans ma chair et mon avenir. Rien ne sert de courir, il y a toujours un moment où il faut s’arrêter. Les portes du château s’ouvriront, j’irais au chevet du blessé, je chuchoterais les mots que le défunt me susurre et peut-être guérira t’il. L’absent trouvera peut-être le repos et la paix. On a beau s’échapper, s’abstraire du réel, il y a toujours un moment où il vous rattrape. Mes pas sur le pavé, c’est comme une réparation, je rentre chez moi…

L’or

Le manque est un drap noir et pesant…

« Voilà, tu es là devant moi et tu voudrais savoir ce que je veux dire exactement, avec ce mot manque… Tu me dis, comme ça, sans aucune gène, sans aucune chaleur, que manque ne veut rien dire, ou qu’il inclue trop de choses ou de mots pour être utiliser… Tu veux que je te dise ; tu n’es qu’un pauvre ignare aux bottes crottés, le manque ce n’est pas un mot c’est un ressenti, c’est une désespérance, c’est un frisson, un vide. C’est une humeur qui n’en est pas une, ou plutôt une humeur qui aurait trempé toute une nuit dans une baignoire remplie d’eau glacée et de sel. C’est un sommeil qui n’oserait pas se nommer, c’est une drogue même pas efficace, qui n’aurait rien de planante ni de délicieuse… C’est une impasse, un non lieu, une torture vécue jours après jour, qui vous étouffe et vous tient la tête sous l’eau…

Veux tu que je continue ? Alors oui, je veux te dire le manque, espèce de pauvre fou… c’est un sentiment plus fort que la vie, plus fort que la mort, c’est un truc qui t’envahit et ne te laisse même plus respirer, c’est un truc qui est là et que tu n’oublie jamais… C’est un trop plein de sensations qui tourne autour de toi comme des oiseaux de malheur que tu es incapable d’ignorer… C’est une absence totale d’énergie qui te dévore et te mange jour après jour… C’est du temps que l’on te vole, que l’on te dérobe sans que ne sache très bien où il a bien pu passer… C’est un dénuement total dans lequel tu te noie et te désespère, c’est un déchirement total qui t’empoigne et refuse de te lâcher, un déchirement si intense que tu crois le voir là, autour de toi, tel un drap noir et pesant qui t’enveloppe et te rend aveugle à tout… C’est un besoin irrépressible, douloureux et total de toucher l’objet de ton manque, de l’entourer et de le respirer… C’est une forêt sombre dans laquelle tu te perds,  c’est une « terre qui penche » * tellement qu’elle te donne le vertige et la nausée…

Toi qui ne connaît rien du manque, regarde moi, je suis l’image même du manque et de la béance. Regarde toi et dans ton inconscience tu reconnaîtras l’image de ton ignorance et tu te sentiras alors tel que tu es ; un inculte qui ne connaît rien à rien… Le manque c’est tout cela oui, et tellement encore. Alors tu es là, à fuir mon regard, à te détourner de moi, et pourtant, pourtant je pourrais t’en parler encore des heures, tellement je le connais, il est dans ma chair, incrustée et personne ne l’en délogera désormais. Il est imprimé sur ma peau, tel un tatouage, telle une marque que l’on m’aurait imprimée dans mon berceau…  Tu ne comprends toujours pas ? Le manque il faut le vivre pour le déchiffrer… Rien ne sert de se battre contre lui, il faut s’y abandonner au contraire, pour ne pas étouffer. Le manque ne se rationne pas, il ne se comptabilise pas, il ne se chiffre pas, il est là c’est tout…

Que veux-tu que je te dise encore ? Je suis fatiguée… va… Laisse moi… »

L’or, texte de fiction, non libre de droit

* référence au titre du roman de Carole Martinez ; La terre qui penche

Pour ceux qui aimerais connaître une partie de mon manque c’est par là (clic)

Ceci est ma participation aux plumes d’Asphodèle (clic) 

Les mots à utiliser étaient ; frissonner, vide, humeur, plume, embellie, enfin, sommeil, droguée, impasse, poésie, torture, plénitude, trop-plein, youpi, énergie, absence, temps, dénuement, bol, idée, déchirement, bus, besoin, rationner, abandonné.

La reine des glaces

Devenir une reine des glaces… Devenir un morceau de glace parfaitement ciselée, sans aspérité, sans faille, pour qu’aucune impureté ne puisse pénètrer… Rêver de blanc, rêver de neige, rêver de pureté… Plus de couleurs, plus de chaleur, j’ai ce besoin là de ressentir le froid et ce qui va avec ; la purification… Cela n’a jamais été un hasard si ce conte là a toujours été mon conte préféré… Rien n’est hasard, jamais… Tout à toujours un sens… Même si parfois les obstacles, les ronces que l’on rencontrent sur sa route paraissent insupportables, et non mérités. Parce qu’ils le sont réellement… N’empêche, il faut faire avec… Et ne jamais se laisser tomber, ni abattre… On est une fille formidable, il ne faut jamais l’oublier, même si les autres souvent s’obstinent à vous faire croire le contraire… Vous êtes forte, bien plus que vous ne le pensez… Même si souvent vous avez juste l’impression d’un profond contraire…

J’ai ce besoin de mots, rien que des mots, pas de fioritures… Il me faut aller droit au but, sans me laisser détourner… Laisser les mots prendre tout leur sens, prendre toute la place… Il ne doit rien y avoir de trop, rien qui dépasse, des angles droits, pas de rondeur, pas de douceur… Une force brute…

L’épure et l’absinthe

Une envie de neuf, une envie d’ailleurs, une envie de renouveau… Une envie de liberté, une envie de vivacité et de fraîcheur… Une envie aussi d’épuration et de pureté.

Des mots jetés sur un écran, à attraper du bout des doigts…

Une autre fenêtre pour une ouverture vers un ailleurs, une évasion pour rendre la vie plus légère…

L’épure pour la pureté et cette sublime définition trouvé dans le larousse du net « Rendre pur ou plus pur, le purger des corps étrangers… » C’est pile poil ce dont j’ai envie…

L’absinthe pour mon amertume que j’ai désormais l’intention d’assumer…

Bienvenue